Histoire de l'oralité dans l'Eglise (Prédication et lecture)
Il nous a paru intéressant de montrer comment, depuis l’origine de l’Eglise on s’est préoccupé de la communication orale dans le lieu de culte et quels ont été les freins, les « modes », les réactions. En suivant pas à pas les formes prises par la lecture publique et par la prédication, de siècle en siècle, on s'apercevra que le discours n'est pas un flot de mots jaillis de l'inconnu. Quels que soient les lieux et les circonstances de l'annonce, cette parole s'incarne dans la voix, la bouche et le corps de ceux qui exercent cette fonction. Le message trouve appui ou filtre, confirmation ou déformation dans celui qui parle. Il y a un homme, à l'élaboration matérielle du discours.
La culture environnante, les modes, l'évolution des mentalités jouent un rôle sur la manière dont on apporte la prédication, sur la façon dont on dit les mots, sur la vitesse du débit, sur les nuances du phrasé, sur les gestes... Nous verrons comment ces hommes, souvent profondément convaincus de l'importance de leur fonction ont tenté de l'adapter à ceux qui les écoutaient. Nous rencontrerons aussi le témoignage d’un désir de toujours mieux communiquer en préservant le sens du message, ainsi qu'un bon nombre de conseils et de réflexions destinés à former ceux qui prêchaient dans l’église. La matière n'est pas facile à trouver, et, comme je l'ai dit plus haut c'est la rhétorique et la construction du discours qui ont été presque toujours l'essentiel de l'enseignement des prédicateurs. D'autre part, on a souvent jugé ces prédicateurs sur le contenu des sermons imprimés, tout en reconnaissant que leur " action oratoire " avait été déterminante. Malheureusement, les sermons imprimés ne disent pas la fougue, la froideur ou les effets des prédicateurs :
"Un sermon imprimé n'est que la moitié de lui-même; c'est une parole muette, qui n'est pas dans son lieu naturel : il lui manque le rapport avec le temps, la solennité, les auditeurs; aussi les moyens dont le prédicateur se sert dans la chaire..." (A.-D. Sertillanges, l'orateur chrétien, Traité de prédication, Le Cerf, 1930, p.286)
Ce sont donc les témoignages des contemporains et les manuels sur " l'art de prêcher " qui seront nos principales sources de renseignements.